samedi 3 avril 2010

Première session (suite): la soirée franco-saoudienne

Comme je vous l'expliquais dans l'article précédent, j'avais été chassé de la terrasse d'un café alors que j'étais en train de vous parler de ma première session. Il est grand temps de revenir à nos chameaux et de poursuivre là où je m'étais arrêté. Je vous disais donc que mes premières expériences devant une classe avaient été plutôt agréables. Des élèves généralement très intelligents, cultivés et désireux d'en apprendre toujours plus, des collègues à l'humour décapant et une ambiance excellente où on parvient à faire du bon travail sans jamais se prendre au sérieux. Bref le CFS d'Al-Khobar, venez-y c'est fou-rires garantis. Entre un Canadien, des Jordaniens et des Français, on a le cocktail idéal pour obtenir les meilleures blagues (bon ok il nous manque un Belge). Qui dit bonne ambiance de travail, dit équipe dynamique et motivée. C'est tellement plus agréable et productif de travailler ainsi, et les étudiants s'en réjouissent. Le gros avantage d'un centre linguistique sur une école "classique", c'est que les gens choisissent de consacrer une part de leurs loisirs à l'apprentissage du français. Ils sont généralement très motivés, mais ne souhaitent pas un enseignement trop scolaire. Il faut donc allier à la fois une certaine rigueur dans l'apprentissage pour obtenir des résultats intéressants, et rester souple pour qu'ils apprennent tout en s'amusant. Quand on est un centre français, il n'y a rien de mieux que d'introduire les spécificités culturelles françaises en organisant des petites soirées. Pour la première session nous avions choisi d'offrir à nos étudiants un buffet gastronomique à la française. Il n'y a pas de véritable restaurant ou traiteur français à Al-Khobar, mais un traiteur libanais avait préparé des plats d'inspiration française: quiches (pas lorraine vous vous en doutez bien...), fromages, petits snacks assez fins et de bonnes pâtisseries au chocolat. Un bon nombre d'étudiants avaient répondu à l'invitation et après un discours d'accueil du directeur, le buffet était ouvert. Cette soirée fut l'occasion pour les étudiants des différents niveaux et l'ensemble des enseignants du centre de se rencontrer et d'échanger dans un contexte informel. Je m'attendais à une soirée similaire aux buffets offerts après une conférence (ah! Bruxelles...): des gens qui discutent de choses sérieuses (ou de Nadal hein Miss et Miti), pas de musique, bref une banale soirée un peu trop professionnelle. Je fus très agréablement surpris de vite constater que ce ne serait pas le cas ici. Entre deux blagues de mon collègue Raed, certains étudiants sortirent leurs Ouds (luth arabe) et guitares et nous avons eu droit à un véritable concert privé où les grands classiques de Oum Khalthoum, surnommée "l'Astre d'Orient", d'Abdul Halim Hafez, ou encore du grand chanteur saoudien Mohammed Abdu furent repris en chœur. En somme, ce fut une soirée très agréable et très conviviale où certains étudiants et enseignants ont révélé leurs talents de musiciens. Une véritable soirée franco-saoudienne où se sont parfaitement mariées les cultures orientale et occidentale.

jeudi 25 mars 2010

Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice

Si vous ne vous êtes jamais intéressés de près à l'Arabie saoudite ou que vous n'y avez jamais mis les pieds, vous vous dites probablement kézako ce "Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice"? Mieux connu sous le nom de Muttawa (également écrit "Mutawwa"), qui signifie quelque chose comme "bénévole" puisque ses membres ne perçoivent aucun salaire, ce comité veille au strict respect des règles de l'islam wahhabite. Je vais vous épargner les détails historiques, mais en bref, le wahhabisme est une doctrine islamiste prônant un retour à l'islam salafiste, c'est à dire l'islam originel, le plus pur, et le plus strict. Les Muttawa (ou Muttawa'in) sont extrêmement puissants en Arabie saoudite. Comment les reconnaître? On ne peut pas les louper: ils portent tous une longue barbe et un thobe plus court que la normale, au-dessus des chevilles (le thobe est l'habit traditionnel saoudien, c'est une sorte de longue robe, blanche en été, foncée en hiver). Ils se déplacent généralement en groupes et sont souvent accompagnés de policiers. Ces fondamentalistes ont vraiment un pouvoir colossal ici. Ce n'est qu'une opinion personnelle et très subjective, mais il me semble que si cette police religieuse n'existait pas, le pays n'aurait rien à envier aux modernes émirats de Dubaï et Abu Dhabi. L'Arabie est en effet gouvernée par le très apprécié roi Abdallah, qui tire son pays vers la modernité. Le problème est que les fondamentalistes exercent un véritable contre-pouvoir qui tire dans la direction opposée. La synthèse des deux est très particulière. Pour faire une caricature, l'Arabie saoudite est tellement calquée sur le modèle étasunien qu'elle ressemble à l'image qu'on se fait des villages les plus traditionnels du Texas. Des infrastructures modernes, un mode de vie bien ancré dans le XXIe siècle, mais des mentalités inchangées depuis l'époque des puritains (chassés d'Angleterre... clin d'œil à tous ceux qui ont été traumatisés à vie par les cours d'euro de Mme Favre). Enfin quand je dis inchangées, j'exagère quand même un peu. Une bonne partie (certains m'assurent que c'est une majorité, d'autres une minorité) des Saoudiens ont une forte tendance à mépriser les Muttawa. Beaucoup apprécient en effet la musique, la littérature ou encore le 7ème art. Ils sont pourtant tous des musulmans pratiquants qui font pour la plupart leurs cinq prières quotidiennes. Mais pour les fondamentalistes, le simple fait d'écouter de la musique est Haram. Ne parlons même pas du cinéma, qui est toujours interdit dans le pays...même s'il y a eu un festival de cinéma à Djeddah récemment (faut être doué pour comprendre quelque chose à ce qui est interdit ou autorisé ici). La solution la plus simple pour nous est d'aller 25km plus à l'est et rejoindre Bahreïn, ou de télécharger les films sur internet (Hadopi n'existe pas ici, merci bien). Ah internet, ça aussi j'ai du mal à comprendre: les sites comme "the pirate bay" qui permettent de télécharger des films sont ouverts à tous, mais certains sites comme deezer pour écouter de la musique sont bloqués par le gouvernement...

Si je vous parle de mes grands amis Muttawa aujourd'hui c'est parce que j'écris généralement mes articles sur un cahier avant de les poster sur ce blog et que la dernière fois j'étais assis à la terrasse d'un café, en train d'écrire sur ma première session au CFS quand je me suis fait chasser par un groupe de Muttawa criant "salah, salah". "Salah" c'est la prière. A l'heure de la prière tous les commerces doivent fermer, mais on peut normalement rester en terrasse. Cette fois-ci les Muttawa en avaient décidé autrement et ils sont venus nous dire qu'il fallait aller prier. En compagnie de tous les jeunes saoudiens j'ai donc été invité à quitter ma place. Du coup j'ai été interrompu en plein milieu de mon article. Il faut d'ailleurs que j'écrive la suite de cette fameuse première session. Ce genre d'intervention est très rare à Al-Khobar où les Muttawa sont assez mal vus (y compris par l'émir de la région). Ils sont très peu nombreux et relativement laxistes comparé à Riyad ou toute autre ville du pays (exceptée la moderne ville de Djeddah). Ailleurs qu'à Khobar et Djeddah, les Muttawa sont partout et sont capables de frapper à ta porte à 4h15 du matin pour que tu ailles faire la première prière, et il vaut mieux éviter d'être avec une fille avec qui tu n'as pas de lien familial.

La deuxième raison de cet article est assez comique. Je suis récemment allé chez mon barbier turc préféré (qui ne parle qu'arabe, mais va savoir comment, on arrive quand même à se comprendre), et pendant que j'attendais, un autre client me jetait des coups d'œil en parlant au barbier. Il m'a expliqué que le client lui avait demandé si j'étais un Muttawa, ce à quoi le barbier lui a répondu, oui, oui, c'est un Muttawa français haha. Pour vous donner une idée de ma tête, je faisais pousser la barbe depuis le 1er janvier et j'avais donc une barbe de plus de deux mois qui faisait bien 5cm de long. Ça m'a convaincu de tailler ma barbe à sa taille habituelle de barbe de trois jours...et ça a bien fait rire mon barbier!

dimanche 21 février 2010

Première session au Centre franco-saoudien

Hum...il semblerait que mes bonnes résolutions n'aient tenu que les deux premières semaines de 2010. Le problème c'est que j'ai beaucoup de choses à vous raconter et que je ne sais jamais par où commencer...tant et si bien que je me décourage et finis par me convaincre que je commencerai à écrire demain. Le lendemain évidemment on a encore plus de choses à raconter, donc plus de mal à se lancer... Dans le même registre, et comme certains de mes lecteurs (et lectrices!), je me répète souvent "demain j'arrête le chocolat" ou le très convaincant "demain je me mets au sport". Mais à chaque fois on trouve de très bons prétextes pour reporter ces résolutions: la chandeleur, les nombreux anniversaires...oui, oui, même si nous sommes séparés de quelques milliers de kilomètres, vous serez heureux de savoir que je mange des crêpes au chocolat en votre honneur. Pour ce qui est du sport, les bonnes raisons sont multiples: il n'y a pas de parc ou de pelouse où aller courir, et tout le monde sait bien qu'il est très mauvais pour le dos de courir sur le bitume. Il y a bien sûr la corniche, mais les pelouses sont pleines de gros trous et la promenade en bord de mer est en dur. Il faut être suicidaire -ou indien- pour faire du vélo, et il faut avoir une voiture pour aller à la salle de sport. Dernier argument fatal: l'euro chute de façon vertigineuse par rapport au dollar, donc tout devient plus cher, et en premier lieu l'inscription à une salle de sport. Le prix du chocolat ne compte pas. Tout le monde sait bien qu'il s'agit d'un aliment de première nécessité. Puisque je vous parle des prix, certains d'entre vous m'ont posé des questions au sujet du niveau de vie en Arabie Saoudite. Comme vous vous en doutez bien, c'est un pays extrêmement riche. Les ressources en pétrole permettent aux autorités saoudiennes d'offrir à leurs citoyens un système social intéressant et les termes "taxes" et "impôts" sont absents du vocabulaire saoudien. Cela se traduit par un niveau de prix globalement 20% inférieur à la France. Cet écart peut même doubler si l'on habite dans d'autres villes du pays. Al-Khobar est en effet une ville très prisée par les Saoudiens et les Koweïtiens, qui la considèrent comme la côte d'azur saoudienne. L'immobilier a grimpé en flèche ces dernières années. Comptez 2000 riyals saoudiens (400€) pour un studio meublé de 40m². Pour ce qui est des véhicules, on trouve rarement des bonnes voitures (Toyota et Chevrolet) avec moins de 200 000km au compteur pour un budget de 3000€. L'achat d'une voiture neuve est cependant intéressant du fait de l'absence de taxes.

Si je n'ai pas écrit depuis un moment, c'est aussi parce que je n'ai toujours pas eu l'occasion de faire du tourisme. Il faut dire que la région orientale est davantage célèbre pour son sous-sol, qui renferme 25% des réserves mondiales d'or noir, que pour son patrimoine touristique. Hormis le tourisme interne, l'industrie du tourisme est quasiment inexistante dans ce pays. L'Arabie Saoudite ne délivre pas de visa de tourisme, et on ne peut entrer sur le territoire que sur invitation et pour raisons professionnelles. Et pourtant c'est bien dommage. Les richesses archéologiques et géologiques du pays sont inestimables. Madâ'in Saleh, que l'on surnomme "la petite sœur de Petra", ou "la ville maudite" est un des joyaux de ce pays, berceau de civilisations millénaires. Entre l'adaptation au pays, à un nouveau travail et l'absence de voiture, je n'ai pour l'instant pu visiter que Riyad la capitale saoudienne, Al-Khobar et sa corniche, et Bahreïn by night.

Mais venons-en à l'objet de cet article, à savoir mes premiers pas au centre franco-saoudien. Moi qui jurais à qui voulait l'entendre que jamais ô grand jamais je ne deviendrais enseignant, je dois avouer que j'ai pris énormément de plaisir pendant cette première session. Aussi bien avec des débutants complets qu'avec des niveaux avancés, les motifs de satisfaction étaient très nombreux. Si tous mes étudiants ont des profils différents, tous sont extrêmement motivés par l'apprentissage de la langue française.

La France conserve une image extrêmement positive auprès des Arabes, même si beaucoup regrettent Jacques Chirac, le plus arabe des présidents français. Il faut dire que son successeur accumule les maladresses, et c'est un euphémisme. Lors d'une visite officielle en Arabie Saoudite, il n'a rien trouvé de mieux que de croiser la jambe en dirigeant la plante de son pied vers son altesse royale. Ce geste, en apparences anodin pour le profane, est ici considéré comme extrêmement offensant. Dans le même goût et toujours pendant le même voyage officiel, notre président s'est amusé à trinquer avec sa tasse de café saoudien. Il n'est nul besoin de préciser que trinquer avec quelque substance que ce soit, n'est pas franchement une coutume pratiquée en Arabie Saoudite. Je précise au passage que le café saoudien, également appelé café arabe, n'est pas une variante de l'Irish coffee et que l'alcool est strictement interdit dans le royaume saoudien. S'adonner aux plaisirs de Bacchus expose à des peines allant de la simple flagellation à la peine de mort. Le café saoudien est un café de couleur blanchâtre, très particulier. Il est préparé avec un mélange d'épices (cardamome, safran, clous de girofle) et est traditionnellement offert avec un plateau de dattes pour souhaiter la bienvenue. Des variantes de ce café existent dans tous les pays de la péninsule arabique. Pour en revenir à notre cher président, sa photo en train de faire tchin-tchin avec de hautes personnalités saoudiennes en souriant d'un air béat ont fait le tour du monde arabe. La simple mention du nom du président français est d'ailleurs généralement suivie d'un éclat de rires. Pour sa défense, le protocole de l'ambassade de France aurait dû le briefer sur les coutumes du pays. Mais il ne faut pas non plus oublier que la première fonction d'un chef de l'État est de représenter la France à l'international. Au vu de l'importance du monde arabe dans les relations extérieures de la France, Nicolas Sarkozy serait bien avisé de se documenter sur les us et coutumes des partenaires de notre pays plutôt que d'intervenir en permanence sur des questions de politique interne que le gouvernement est censé traiter. Fermons la parenthèse politique. Malgré tout, le français reste une langue de prestige ici. Nombreux sont les magasins de luxe, les parfumeries, les restaurants et "boulangeries" (Manu tu ferais fortune ici!) portant un nom français. Si l'on excepte les étudiants souhaitant émigrer au Canada (généralement non-saoudiens), l'apprentissage du français est une façon de se distinguer dans l'échelle sociale. En effet, selon une récente étude, le français est le deuxième langue étrangère la plus étudiée après l'anglais. Entre un taux de chômage particulièrement élevé et une population très jeune (65% de moins de 25 ans), la connaissance de la langue française peut être un atout majeur sur le marché du travail, même si la langue privilégiée dans les échanges commerciaux demeure l'anglais.

Si les candidats à l'émigration vers le Canada ont des profils très divers allant du pauvre employé indien à l'ingénieur jordanien, tous les autres apprenants appartiennent à des catégories socio-professionnelles supérieures. De l'étudiant en ingénierie à l'université du pétrole et des minéraux au vice-président d'une des plus grandes sociétés pétrolières du monde, en passant par le pharmacien, le médecin et l'ingénieur, on voit passer du beau monde au centre. Nous avons ainsi la chance d'avoir des élèves extrêmement motivés et avec une tête bien faite. C'est tellement agréable d'expliquer une affreuse règle de grammaire quand on sent que tout le monde suit. Je plains les pauvres profs de langue de collège. C'est bien simple: depuis mon premier cours début décembre, je n'ai fait passer aucun élève par la fenêtre!

Les cours de français sont également souvent l'occasion de franches rigolades. Il faut dire qu'on a parfois de sacrés phénomènes. Dans un groupe d'ingénieurs saoudiens de chez SATORP (filiale de TOTAL) qui allaient partir en formation en France, j'ai eu de sacrés cas. Pour les adeptes de la série Friends (en version originale), un des étudiants parlait français exactement comme Joey (http://www.youtube.com/watch?v=DqwzvtjeYBQ). Très sûr de lui, il parlait avec des intonations tout à fait françaises...mais il était impossible de saisir le moindre mot. Un vrai régal! Il n'empêche qu'à force de faire l'idiot, c'est quand même l'étudiant qui a appris le plus en une session.

vendredi 15 janvier 2010

Un vendredi à Khobar

Alors installé dans un bar à jus de fruits, je savoure un cocktail de grenade, mangue, fraise, banane et glace entre autres, et je prends le temps de noter sur mon carnet les détails de ma merveilleuse journée.

Le vendredi est un jour sacré dans les pays arabes et plus particulièrement en Arabie Saoudite! Le Royaume saoudien est en effet un des rares pays arabes à avoir conservé le weekend les jeudi et vendredi. Cela pose évidemment quelques problèmes au niveau des échanges internationaux et c'est la raison pour laquelle beaucoup de pays arabes ont leur weekend les vendredi et samedi! Bref, le débat n'est pas là, revenons à nos chameaux. Le vendredi est donc la journée privilégiée pour les familles et les jeunes hommes et femmes célibataires. Sur une étendue de plus de 5 km, le long du golfe persique (arabique selon les cartes saoudiennes), les gens se retrouvent en groupes pour un super pique-nique de grillades avant que les hommes ne fument le narghilé.

Sur la grande place au milieu de la corniche, des Pakistanais jouent au cricket, vous savez, ce sport bizarre dont raffolent les British et leurs anciennes colonies... Malgré de nombreux efforts, je n'ai jamais rien compris à ce jeu. Surtout le comptage des points! C'est le seul sport que je connaisse où je suis incapable de savoir qui est en train de gagner en regardant le score! Mais c'est bien marrant et parfois très spectaculaire. Il m'arrive de les regarder jouer assez longtemps, si bien qu'une fois, un joueur pakistanais est venu me tchatcher pour que je vienne jouer avec eux! Lui aussi a désespérément essayé de m'expliquer les règles, en vain. Et lorsqu'il m'a tendu la batte, je ne faisais pas trop le malin. Après quelques balles ratées, j'ai quand même réussi à toucher la foutue balle, mais au vu de leur réaction, je ne pense pas l'avoir envoyée au bon endroit!

En continuant ma balade, j'ai comme l'impression que toute la ville de Khobar s'est donnée rendez-vous sur la corniche. Il y règne une ambiance joyeuse qui, à elle seule, gonfle le moral et me convainc sans peine que je vais bien me plaire dans cette ville.

Ici des hommes jouent aux cartes en fumant le narghilé, là des femmes discutent dans la bonne humeur. Les enfants courent un peu partout en criant...rien de bien nouveau me direz-vous, sauf qu'ici l'enfant est roi et tout lui est permis! J'avoue que j'ai parfois une envie folle de les jeter (involontairement) dans la mer.

La corniche est vraiment un endroit particulier. On y retrouve toute la société saoudienne. Peu importe la nationalité, la classe sociale et le sexe, la corniche est un des rares lieux où souffle un vent de liberté. Si Al-Khobar est réputée pour être une des villes les plus libérales d'Arabie Saoudite, elle le doit en partie à cet espace ouvert à tous.

Ah les appels à la prière commencent à retentir dans toute la ville. Quand le muezzin commence l'adhan ""الله أكبر, tous les commerces doivent s'arrêter. Je dois donc finir mon jus en vitesse et vous dire "à bientôt pour de nouvelles aventures!"

vendredi 1 janvier 2010

Joyeux Noël et Bonne Année 2010!

Non, vous ne rêvez pas! Après des semaines, presque deux mois, d'absence, Paco est de retour sur son blog! Je vous rassure, je suis toujours en vie au pays de l'or noir. Disons plus simplement que je me suis un peu trop habitué au rythme de travail local ;-).

Parmi mes résolutions pour la nouvelle année, je prends le risque de m'engager à mettre régulièrement à jour ce blog, afin de vous donner les dernières nouvelles d'Arabie.

Pour ma défense, il ne s'est rien passé d'extraordinaire pendant ces deux premiers mois. N'ayant toujours pas de voiture, il est extrêmement compliqué de bouger dans la région. J'ai néanmoins beaucoup de choses à raconter sur ces premières semaines en Arabie Saoudite. Entre espoirs et désillusions, satisfactions et frustrations, mes premiers sentiments sont diamétralement opposés. Un jour j'ai envie de prendre le premier avion pour Marseille, le lendemain, je me sens ici parfaitement chez moi. Ce constat est à l'image de ce pays qui cultive les paradoxes et les extrêmes. Il n'y a pas de juste milieu: soit on se sent à l'aise, soit on ne pense qu'à repartir. Vous me direz que ces sentiments paradoxaux sont le signe d'une passion ("Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue" [Racine, Phèdre (1677), Acte 1, scène 3], clin d'œil à Djadja)... Mais il est encore beaucoup trop tôt pour en arriver à des conclusions. Les contraintes de la vie saoudienne sont parfois trop lourdes pour faire la part des choses.

Mais heureusement qu'il y a Bahreïn à une trentaine de kilomètres d'Al Khobar. Ca permet de décompresser et de retrouver certains plaisirs inaccessibles en Arabie Saoudite. Ici tout est permis: les femmes peuvent conduire et s'habiller autrement qu'en abaya, le cinéma et l'alcool sont autorisés... L'île est d'ailleurs remplie de Saoudiens qui viennent se "détendre" le weekend. J'y suis allé la semaine dernière et hier soir pour célébrer nos fêtes de fin d'année. On a passé le réveillon du nouvel an sur une petite île au large de Bahreïn. Ca fait un bien fou de s'évader un peu.

D'ailleurs, venons-en à l'objet de mon message! Je vous souhaite à tous un joyeux noël et une bonne et heureuse année 2010! Comme on dit chez nous, a l'an que ven! Que la nouvelle année soit synonyme de joies, de beaux voyages et de rencontres.

samedi 7 novembre 2009

Départ de Digne

Depuis le dernier article, deux semaines se sont déjà écoulées ! Tout est allé très vite depuis mon départ –un peu à contrecœur – de Digne lundi 26 au matin. La capitale de la lavande, comme on aime l’appeler, nous procure des sentiments assez étranges. Quand on y est depuis trop longtemps, on n’a qu’une envie c’est d’en partir. On se plaint de son manque de dynamisme, de l’absence de réseau autoroutier et de desserte ferroviaire. On finit par en avoir marre de cette ville isolée et on se demande même jusqu’à quand Digne conservera la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, qui semble promise à la rivale manosquine. Mais le jour du départ, on se sent comme aimantés par cette charmante ville bas-alpine. Tout d’un coup ses défauts disparaissent et laissent place à une certaine mystique. Sa montagne légendaire, le célèbre Cousson, devient notre Mont Palatin et on se promet de toujours y revenir. Une fois les bagages dans la voiture et un dernier au revoir à Digne, en route pour l’aéroport de Marseille-Provence.

En embarquant dans le premier avion pour Francfort, on apprend qu’il y a trop de brouillard à destination. Il faut attendre ¾ d’heure pour partir. En atterrissant dans la capitale économique allemande sous la brume, je n’ai qu’une envie c’est d’en repartir rapidement ! Je dois à nouveau passer la sécurité avant de prendre mon avion pour Riyad… Un objet suspect dans mon bagage à main semble attirer la suspicion. On m’invite dans un local de fouille. Je sors quelques affaires de mon sac, et le douanier se saisit…d’une cassette audio intitulée « 40 leçons pour parler arabe » et la fait passer dans un appareil de détection de nouveaux types d’explosifs ! Haha C’est vrai qu’un Français un peu barbu en partance pour Riyad c’est vraiment louche ! Après ce petit incident, je suis accueilli dans un gros airbus par une belle blonde souriante qui m’offre, quelques minutes après le décollage, un bon verre de shiraz d’Afrique du Sud. La Lufthansa a décidément des arguments convaincants ! A ma grande surprise, je n’eus aucun problème avec la douane saoudienne à l’arrivée. Vérification rapide de mon visa, passage express des bagages dans une machine à rayons x et j’étais déjà dans le hall de l’aéroport à attendre la personne qui devait venir me chercher. 15 minutes passent…toujours personne. Je refais plusieurs fois le tour devant les gens qui ont des petites pancartes avant de trouver une personne qui cherche un certain « M. François » pour la mission économique de l’ambassade de France. Je me dis que ce ne peut être que pour moi, et vu qu’elle se précipite sur moi pour m’accueillir, tout me semble en règle. Oui, mais cette histoire de mission économique m’inquiète. Je demande au chauffeur de s’assurer que je suis bien la personne qu’il cherche. Après vérification il s’avère que nous étions deux François à atterrir à Riyad…le monde est petit.

Je reprends mes recherches quand je trouve enfin mon homologue du CFS de Riyad qui m’attendait au mauvais terminal. Après de rapides courses à Carrefour, j’arrive dans le logement que j’occuperai pour 9 nuits : un appartement situé dans une des résidences de l’ambassade de France dans le Quartier Diplomatique.

Premières impressions :
- il fait très chaud ! Il doit bien faire entre 25 et 28°C à minuit. Un sacré changement par rapport aux températures déjà hivernales en France ;
- la « conduite » est plutôt sportive ! A côté des Saoudiens, les Marseillais sont aussi disciplinés que des Norvégiens ! On te double à droite comme à gauche pour te couper brusquement la route. Le clignotant sert à décorer et le klaxon et les appels de phares sont les conditions de la survie !

dimanche 25 octobre 2009

24 heures chrono

Non je ne vais pas faire une chronique sur la dernière saison de Jack Bauer tentant de sauver le président de quelque attaque... 24 heures chrono, c'est le temps qu'il me reste avant qu'une charmante petite hôtesse ne m'invite à prendre place dans l'avion. A l'heure du grand départ je pense que je ferai moins le malin. C'est une chose de partir étudier à Liverpool, Grenade ou Bruxelles, c'en est une autre de partir travailler en Arabie Saoudite, pays dont j'ai encore tout à apprendre.

Je ne pars pas non plus dans l'inconnu. Je serai accueilli à l'aéroport par un responsable de l'ambassade de France à Riyad qui me conduira à mon logement temporaire à l'ambassade. Pendant une grosse semaine je suivrai une formation au Centre franco-saoudien (CFS) de Riyad, avant de partir pour Al-Khobar le 4 novembre où un logement m'attend. Et puis au boulot!

Hé oui, après de longs mois de recherche d'emploi, je rentre enfin dans la vie active! Accrochez-vous, mon titre officiel est "Directeur des cours et professeur de français langue étrangère" au Centre franco-saoudien d'Al-Khobar (الخبر). Après cinq longues années passées à étudier l'art de la traduction et les subtilités des relations internationales, je vais enseigner le français...qui l'eût cru! J'ai bien essayé de trouver du travail dans ma branche en Europe, en vain. Au bout de quelques mois, j'ai eu de nouveau la bougeotte, donc je me suis mis à chercher de partout dans le monde. De l'Argentine au Pakistan en passant par l'Ouganda et la Suède, mon CV a fait le tour du monde...pour s'arrêter en Arabie Saoudite. Je voulais découvrir de nouvelles choses, je vais être servi.

Déjà au niveau climatique, disons que ça va très légèrement me changer de l'Angleterre et de la Belgique. Entre 360 jours de pluie et 364 jours de soleil (allez on va dire qu'il y a un jour de pluie par an, et deux les années bisextiles), il n'y a pas photo. Ensuite, partir travailler en Arabie est pratiquement le seul moyen de visiter ce pays. En tant que gardien des villes les plus sacrées de l'Islam, ce pays reste très fermé aux étrangers. L'Arabie Saoudite ne délivre pas de visa tourisme. Si on ne vient pas pour le pélerinage ou pour des raisons de travail, le seul moyen d'entrer est de se faire inviter par des résidents. Quand on voit les richesses touristiques de ce pays, c'est un privilège que de pouvoir le visiter. Vous en saurez plus au fil de mes excursions.

Voilà, on y est, en route pour le pays de l'or noir. A moi les merveilles culinaires d'Al Khobar, capitale gastronomique d'Arabie! Je vais pouvoir goûter le kebab de chameau et le lait de chamelle (et non pas de chameau, ça serait vraiment hard hehe).

Ah et pour ceux qui se demandent où se trouve cette mystérieuse ville, je vous propose de prendre une carte. Al Khobar est une ville moyenne qui touche Dammam et Dharan et qui n'est qu'à quelques kilomètres de l'Ile-Etat de Bahrein.

Le prochain article vous sera envoyé depuis mon nouveau pays. Bye bye la France, à bientôt mon cher et tendre cousson (les Dignois comprendront).