Si vous ne vous êtes jamais intéressés de près à l'Arabie saoudite ou que vous n'y avez jamais mis les pieds, vous vous dites probablement kézako ce "Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice"? Mieux connu sous le nom de Muttawa (également écrit "Mutawwa"), qui signifie quelque chose comme "bénévole" puisque ses membres ne perçoivent aucun salaire, ce comité veille au strict respect des règles de l'islam wahhabite. Je vais vous épargner les détails historiques, mais en bref, le wahhabisme est une doctrine islamiste prônant un retour à l'islam salafiste, c'est à dire l'islam originel, le plus pur, et le plus strict. Les Muttawa (ou Muttawa'in) sont extrêmement puissants en Arabie saoudite. Comment les reconnaître? On ne peut pas les louper: ils portent tous une longue barbe et un thobe plus court que la normale, au-dessus des chevilles (le thobe est l'habit traditionnel saoudien, c'est une sorte de longue robe, blanche en été, foncée en hiver). Ils se déplacent généralement en groupes et sont souvent accompagnés de policiers. Ces fondamentalistes ont vraiment un pouvoir colossal ici. Ce n'est qu'une opinion personnelle et très subjective, mais il me semble que si cette police religieuse n'existait pas, le pays n'aurait rien à envier aux modernes émirats de Dubaï et Abu Dhabi. L'Arabie est en effet gouvernée par le très apprécié roi Abdallah, qui tire son pays vers la modernité. Le problème est que les fondamentalistes exercent un véritable contre-pouvoir qui tire dans la direction opposée. La synthèse des deux est très particulière. Pour faire une caricature, l'Arabie saoudite est tellement calquée sur le modèle étasunien qu'elle ressemble à l'image qu'on se fait des villages les plus traditionnels du Texas. Des infrastructures modernes, un mode de vie bien ancré dans le XXIe siècle, mais des mentalités inchangées depuis l'époque des puritains (chassés d'Angleterre... clin d'œil à tous ceux qui ont été traumatisés à vie par les cours d'euro de Mme Favre). Enfin quand je dis inchangées, j'exagère quand même un peu. Une bonne partie (certains m'assurent que c'est une majorité, d'autres une minorité) des Saoudiens ont une forte tendance à mépriser les Muttawa. Beaucoup apprécient en effet la musique, la littérature ou encore le 7ème art. Ils sont pourtant tous des musulmans pratiquants qui font pour la plupart leurs cinq prières quotidiennes. Mais pour les fondamentalistes, le simple fait d'écouter de la musique est Haram. Ne parlons même pas du cinéma, qui est toujours interdit dans le pays...même s'il y a eu un festival de cinéma à Djeddah récemment (faut être doué pour comprendre quelque chose à ce qui est interdit ou autorisé ici). La solution la plus simple pour nous est d'aller 25km plus à l'est et rejoindre Bahreïn, ou de télécharger les films sur internet (Hadopi n'existe pas ici, merci bien). Ah internet, ça aussi j'ai du mal à comprendre: les sites comme "the pirate bay" qui permettent de télécharger des films sont ouverts à tous, mais certains sites comme deezer pour écouter de la musique sont bloqués par le gouvernement...
Si je vous parle de mes grands amis Muttawa aujourd'hui c'est parce que j'écris généralement mes articles sur un cahier avant de les poster sur ce blog et que la dernière fois j'étais assis à la terrasse d'un café, en train d'écrire sur ma première session au CFS quand je me suis fait chasser par un groupe de Muttawa criant "salah, salah". "Salah" c'est la prière. A l'heure de la prière tous les commerces doivent fermer, mais on peut normalement rester en terrasse. Cette fois-ci les Muttawa en avaient décidé autrement et ils sont venus nous dire qu'il fallait aller prier. En compagnie de tous les jeunes saoudiens j'ai donc été invité à quitter ma place. Du coup j'ai été interrompu en plein milieu de mon article. Il faut d'ailleurs que j'écrive la suite de cette fameuse première session. Ce genre d'intervention est très rare à Al-Khobar où les Muttawa sont assez mal vus (y compris par l'émir de la région). Ils sont très peu nombreux et relativement laxistes comparé à Riyad ou toute autre ville du pays (exceptée la moderne ville de Djeddah). Ailleurs qu'à Khobar et Djeddah, les Muttawa sont partout et sont capables de frapper à ta porte à 4h15 du matin pour que tu ailles faire la première prière, et il vaut mieux éviter d'être avec une fille avec qui tu n'as pas de lien familial.
La deuxième raison de cet article est assez comique. Je suis récemment allé chez mon barbier turc préféré (qui ne parle qu'arabe, mais va savoir comment, on arrive quand même à se comprendre), et pendant que j'attendais, un autre client me jetait des coups d'œil en parlant au barbier. Il m'a expliqué que le client lui avait demandé si j'étais un Muttawa, ce à quoi le barbier lui a répondu, oui, oui, c'est un Muttawa français haha. Pour vous donner une idée de ma tête, je faisais pousser la barbe depuis le 1er janvier et j'avais donc une barbe de plus de deux mois qui faisait bien 5cm de long. Ça m'a convaincu de tailler ma barbe à sa taille habituelle de barbe de trois jours...et ça a bien fait rire mon barbier!
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